Texte de la conférence de presse du 29 août 2007

Biblioparnasse
1re Biennale Internationale des Livres d’Artiste.

Equipe organisatrice : association Artlibris (Ghislaine Brault-Molas, Serge et Anna Chamchinov, Yvonne le Henaff, Patrick Mas, Dominique Thireau-Bruneau, Suzanne Tribouillard).
Manifestation soutenue par l’ODACC, le CRL de Basse Normandie et la ville de Dives-sur-mer.


Présentation

1. Genre "livre d’artiste"


L’expression « livre d’artiste » pose souvent un problème de compréhension : on se demande ce qu’est le « livre d’artiste ». Cette question n’émane pas seulement des « simples » lecteurs mais aussi des organismes officiels de la culture, des libraires, des poètes, c'est-à-dire des gens qui sont profondément liés aux livres.
Il s’agit d’abord d’un problème de terminologie (en France il y a des expressions différentes : « livre d’artiste », « livre de peintre », « livre peint »). Le problème semble devenir grave au moment, où on utilise le terme de « livre d’art » ou encore le terme de « livre illustré ». Or, cette complexité n’a pas beaucoup de sens, parce que le terme « livre d’artiste » suppose au premier point une forme d’expression artistique, une pratique artistique spécifique. C’est-à-dire, il s’agit d’un travail de l’artiste qui utilise le livre comme support de sa création. Le livre est donc considéré par l’artiste comme objet artistique. C’est là que se trouve la différence entre le « livre d’artiste » et le « livre d’art » (édition sur l’art, avec les reproductions des œuvres d’art et les textes sur l’art), c’est là aussi, qu’ il y a une différence entre le « livre d’artiste » et le « livre illustré » (dont les images sont auxiliaires, secondes par rapport au texte).

2. L’historique et les tendances


Dans la tradition française, le genre « livre d’artiste », comme on le comprend au 20e siècle, c’est le dialogue entre la peinture et la poésie. Traditionnellement, on considère comme point d’explosion de ce genre : Stéphane Mallarmé qui expérimente ses textes : le texte devient visuel. Mais avant lui, c’était Delacroix le grand illustrateur du livre (c’est pour cette raison qu’ il y a une confusion avec le terme « livre illustré »), mais préalablement aussi, William Black à la fin de 18e s. a édité plusieurs livres comprenant le texte manuscrit, les images (gravures) . Il a peint ses livres, ses tirages. Alors, c’est là le point de départ du « livre d’artiste » dans le sens le plus important de sa définition : c’est le livre écrit, gravé, imprimé et peint à la fois.
Au 20e s. tous les grands artistes Picasso, Matisse, Dubuffet, Dali, Alechinsky, etc., ont pratiqué parmi leurs autres pratiques plastiques les livres d’artistes. Il s’agissait surtout de tirages, et plus rare, c’étaient les livres uniques (à un ou deux exemplaires). Cette question d’édition est très importante, parce que pour le livre d’artiste, l’accent est mis sur les matériaux (le papier), les procédés d’impression (plomb), la forme du livre et le contenu bien travaillé et bien réfléchi par l’artiste (pour faire la symbiose entre l’image et le texte). Et c’est pour ça qu’on utilise souvent l’expression : le « livre de bibliophilie contemporaine ».
La tendance de nos jours : c’est un livre unique ou à tout petit tirage (10-15 exemplaires). Et c’est souvent l’artiste qui est auteur et l’éditeur en même temps : une sorte d’universalité. Mais quand même, ce qui reste encore, c’est la collaboration de l’artiste avec le poète (c’est pour ça qu’on parle de dialogue).
Le rôle d’artiste du livre, c’est-à-dire le rôle de l’artiste spécialisé dans le domaine du livre, est à la fois un rôle de gardien de la tradition du livre comme objet, une des plus anciennes formes de présentation de l’écriture, mais aussi c’est un rôle de chercheur des nouvelles formes, qui expérimente le livre comme objet d’art, et grâce à lui le livre reste vivant.

3. Statistique


Selon les catalogues les plus considérables, on ne peut compter plus que 400 artistes spécialisés dans le domaine du livre en Europe (en France 40.000 artistes). Or, il n’est pas correct de parler de la « marginalité », il s’agit plutôt de l’« originalité ». Ce ne sont pas les grains des sable perdus dans des autres milliers grains de sable à la plage, mais ce sont plutôt les cristaux rares dispersés dans la mine. Notre biennale Biblioparnasse doit montrer quelques uns de ces cristaux. Ce salon est organisé par l’association Artlibris qui regroupe les artistes, les éditeurs et les auteurs et qui a pour objectif de défendre ce mode d’expression artistique, permettre d’échange professionnel entre les participants, mais aussi : faire connaître ce genre à un public plus vaste .
La biennale Biblioparnasse se tiendra sous les Halles de Dives-sur-mer. Nous avons 38 stands et 4 invités d’honneur. Sur les stands exposent les artistes professionnels, les collectifs, les associations et les maisons d’édition venues de 7 pays : France, Allemagne, Pays Bas, Espagne, Italie, Russie, Belgique. La région de Basse-Normandie a 10 stands qui représentent plusieurs domaines : reliure, poésie, art plastique, éditions. Un stand est consacré à l’Ecole des Beaux Arts de Rouen (13 étudiants de plusieurs niveaux). Cette participation donne à penser à une perspective du genre de « livre d’artiste ».

4. Présentation du programme


Le programme du salon Biblioparnasse couvre 3 jours : les 8, 9 et 10 septembre.
Le premier jour (samedi après midi et nocturne) : ouverture du salon, inauguration et fête intitulée « Nuit poétique ». Pour cette fête : il s’agit de la troisième édition de la manifestation poétique au village d’art Guillaume le Conquérant organisée par le Cercle poétique, structure informelle qui existe à Dives-sur-mer depuis 3 ans et qui regroupe un certain nombre de personnes, amis de l’art plastique, de la poésie, du livre et de la lecture.
Le deuxième jour (dimanche) : exposition et démonstrations sur stands, lectures, présentations. Simultanément le public aura l’occasion d’assister à une conférence sur la problématique du « livre d’artiste » comme genre qui synthétise plusieurs disciplines.
Le troisième jour est consacré aux professionnels et aux scolaires ; nous avons prévu des ateliers pour les enfants et une table ronde autour du livre d’artiste.
Pendant trois jours on a plusieurs animations, et installations. Le salon abritera également une exposition consacrée à un livre sur l’œuvre de Velimir Klébnikov (futuriste russe).

5. Quelques explications sur le titre "BIBLIOPARNASSE"


Nous avons choisi pour notre manifestation le nom Biblioparnasse, c’est un mot-valise qui contient plusieurs sens.
D’une part, il fait penser au Parnasse de l’Antiquité, résidence du dieu Apollon et des neuf Muses. Biblio-parnasse, c’est-à-dire, Parnasse du Livre , lieu consacré à la muse du Livre d’artiste.
D’autre part, ce nom évoque le mouvement poétique apparu en France dans la seconde moitié du XIXme siècle qui jura de remonter l’art poétique sur le Parnasse. Stéphane Mallarmé, un des poètes associé à ce mouvement, a élaboré son propre concept du livre tel qu’il s’approche de la notion moderne du livre d’artiste. Il travaillait sur la présentation visuelle de ses textes.
En outre, un des buts de notre manifestation correspond aux objectifs des Parnassiens : nous voulons rassembler le panthéon des créateurs contemporains (dans notre cas – dans le domaine du livre d’artiste) et mettre en valeur l’œuvre plastique et poétique.
Encore un sens dans ce titre, Biblioparnasse, nous amène au quartier parisien Montparnasse, où dans les années 20 de XX siècles est née une formule de dialogue et symbiose entre la poésie et l’art plastique.